Plutôt le déshonneur et la vengeance que la mort
Origine du manga et de ses créateurs
Imaginé par Kazuo Koike et mis en images par Goseki Kojima, la série est publiée à partir de 1970 dans le magazine Manga action. L’histoire est presque simultanément publiée en volumes, 28 au total. Le succès est tel qu’il inspire rapidement films live, pièces de théâtre, série tv et j’en passe.
Le titre (???? Kozure ?kami) joue sur la ressemblance entre le nom du héros, Ogami Itto et okami qui signifie loup.
Goseki Kojima né le 3 novembre 1928. En 1950, Kojima déménage à Tokyo où la pauvreté a amené de nouvelles formes de divertissements comme le kami-shibai, ou « théâtre de papier » dans lequel le narrateur développe une histoire par dessin dans des représentations de rues. Il accumule les travaux graphiques comme des panneaux publicitaires pour cinéma, et dessine pour le marché du manga à la location pour les kashi-bon, par lequel il devient très populaire.
En 1967, Kojima se fait connaitre dans le marché du magazine avec sa première série: Dojinki. Au fur et à mesure que le marché grandit, il produit un flot constant de séries populaires. En 1970, en collaboration avec Kazuo Koike, Kojima entame l’œuvre qui fera sa réputation, Lone Wolf and Cub. S’en suivront plusieurs autres séries du même acabit comme « samurai executioner » et « path of the assassin » publiés en anglais chez dark horse.
Quand le magazine Manga Japan est lance en 1994, il devient conseillé artistique en formant une nouvelle vague d’artistes. Dans ses dernières années, Kojima se tourne vers l’adaptation graphique des films de son réalisateur favori, Akira Kurosawa. Goseki Kojima est décédé le 5 janvier 2000 à l’âge de 71ans.
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Kazuo Koike né le 8 mai 1936. Après des études littéraires, il devient l’assistant de Kiichiro Yamate, écrivain historique et auteur de la série « momotaro samurai » que Koike poursuivra. En 1968, il rejoint l’équipe créatrice de golgo 13, l’impassible et impitoyable tueur à gages. C’est en 1970, donc que son chemin croise celui de Goseki Kojima pour lequel il écrira de nombreuses histoires dont celles citées plus haut : « samurai executioner » (centré sur Asaemon, un bourreau célèbre par la perfection de ses décapitations) et « Path of the assassin » (qui décrit la vie d’Hattori Hanzo). En 1977, il fonde la « Koike Kazuo Gekigason-juku », qui forme de nombreux futurs auteurs tels que Rumiko Takahashi, Tetsuo Hara ou Keikuse Itagaki à l’écriture graphique. En 1987, il lance le magazine « alba-tross view » qui parle d’une autre de ses grandes passions, le golf. Il devient en 2000 professeur dans la section des beaux-arts de l’université d’Osaka. Outre Kozure okami, sa carrière de scénariste est parsemée de succès comme « Goyoukiba (The Razor) » (avec Takeshi Kanda), « Crying Freeman » et ‘’Offered’’ (avec Ryoichi Ikegami), « Nijitte-Monogatari (A Tale of Two Truncheons) » (avec Satomi Koe), « SYURA YUKIHIME – Lady Snow Blood » (avec Kazuo Kamimura, publié en français par Kana) ou « Dummy Oscar » (avec Seisaku Kanô, qui connaitra une obscure publication en français sous le titre « mutants » chez elvifrance/ideogram. http://users.teledisnet.be/web/dro12021/mutakira/mutants.htm )
Un long résumé pour rentrer dans la voie de la vengeance
L’histoire se situe au XVIIe siècle. Ogami Itto, maitre de l’école Sui?-ry?, et exécuteur assermenté du Shogun (Kogi Kaishakunin, une position de haut rang dans le shogunat des Tokugawa, il sert d’assistant pour décapiter les seigneurs contraints au seppuku) en est le personnage central.
En représailles d’une de ses exécutions, toute la maisonnée d’Ogami Itto est assassinée, ne laissant que son fils nouveau-né Daigoro en vie.
Les assassins ont placé également un ihai (une tablette funéraire) au nom du shogun sur son autel de recueillement pour le disgracier.
La forfaiture organisée par Yagyu Retsudo, patriarche du clan Yagyu et déjà maitre des assassins et des messagers du shogun, découverte, Ogami est contraint de lui céder son poste et il lui est ordonnée par le shogun de s’ouvrir le ventre pour laver son honneur.

Comme signe du destin, son fils, âgé d’1 an, choisi le sabre plutôt que le ballon acceptant sans le savoir de suivre son père sur la voie qu’il s’apprête a suivre.
Car Ogami Itto plutôt que d’obéir au shogun (auquel il reste paradoxalement fidèle) choisit de vivre dans le déshonneur, comme un rônin, sur la voie du Meifumado (la route de l’enfer), le chemin maudit de la vengeance, et jure de détruire le clan Yagyu. Il devient assassin et parcourt les chemins transportant son fils dans un landau lourdement armé, pourchassé avec toutes les ressources dont bénéficie Yagyu Retsudo (y compris les membres de sa famille qu’il n’hésite pas a sacrifier).

Style et narration
Quand on est familier du cinéma japonais et du Western-spaghetti, on peut se demander lequel des 2 a le plus influencé le découpage très cinématographique et les ellipses d’action de la série.
On ressent la très large influence du cinéma de Kurosawa (Rashomon et Yojimbo pour ne donner que 2 exemples des prises de vues utilisées dans LW&C). Ce sont les mêmes prises de vues qu’utilise Sergio Leone dans sa trilogie « une poignée de dollars » et les 7 samouraïs (Je veux dire : mercenaires). On y trouve aussi des scènes d’action qui font l’ellipse de l’impact: les adversaires se croisent, se figent et l’un des 2 s’effondre terrassé par le coup de l’autre.
Le style réaliste (assez éloigné de celui de d’Hiroshi Hirata, auteur de satsuma) laisse une grande part a l’impressionnisme dans les mouvements rapides.
Ce style sera également adopté par Sanpei Shirato dans un étonnant revirement graphique.

L’ambiance générale du manga est lourde et tragique. Ogami fait figure de très rigide droiture dans un monde de corruption. Il a un sens de la justice qui lui est propre, façonné par une application extrémiste du bushido. Ces adversaires sont souvent sans scrupules et prêts à l’ultime sacrifice (comme dans cette scène où un de ses adversaire bloque la lame d’Ogami dans son crane pour qu’un autre puis lui porter un coup fatal.). Le seul élément qui vient désamorcer cette noirceur est la présence de Daigoro qui malgré un sérieux qui confine pratiquement a l’autisme, garde par moment, des gestes et des jeux d’enfants sur lesquels se penche Kojima. Mais Daigoro reste le fils d’un samouraï et s’astreint lui aussi au bushido comme les évènements le prouveront…
L’action très présente laisse parfois la place à de longs moments de méditation ou d’observation de personnages ou du contexte du récit, car Kozure okami est aussi une description très précise de la société japonaise de cette époque jusque dans ses couches sociales les plus basses.

8400 pages pour une vengeance
Alors, certes, le manga peut paraitre répétitif dans sa construction et parfois obtus dans le sens de l’honneur appliqué, mais le caractère implacable d’Ogami est justement une grande force de la série.
Ogami est un combattant parfait capable de venir a bout des meilleurs porteurs de sabres, de superbes empoisonneuses, et d’armées entières d’arquebusiers, mais il est seul et sans plus de raison de vivre que la vengeance.
L’histoire est répétitive, mais chaque histoire se suffit a elle-même et (presque) chaque ennemi affronté ajoute un élément dans la construction du titanesque dénouement. Ces adversaires sont des assassins des Yagyu ou des guerriers redoutables (comme Asaemon, le testeur de sabre (par la décapitation des condamnés et la découpe de cadavres) rencontré dans le tome 8, ch43 et qui se verra offrir une série de 10 tomes également de la main de Koike et Kojima).

Malgré le fait que nous ayons hérité des maquettes de couvertures et du titre américains, on peut remercier Frank Miller (Sin city, 300,…) qui a emprunté au thème de lone wolf and cub pour sa série Rônin (sortis chez zenda, bonne chance pour les retrouver) avant de pousser First comics a la première publication de la série.



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